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		<title>La Suisse romande, insaisissable et vivante</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 13:41:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fcherix</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Autres]]></category>

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		<description><![CDATA[Article paru dans &#171;&#160;Limes &#8211; Rivista italiana di geopolitica&#160;&#187; en décembre 2011 La Suisse romande n’existe pas. Longtemps, certains observateurs se sont contentés de ce postulat définitif ; pour eux, sans bannière ni institutions politiques classiques, la Suisse romande restait une notion théorique, moins pertinente que les six cantons qui la forment. Or, même si elle n’a pas de parlement ni de gouvernement, cette région constitue un espace linguistique, culturel et social très ancien, qui ne cesse de se développer. Au début du 5ème siècle, les troupes romaines renoncent à défendre la frontière du Rhin, quittent l’actuel plateau suisse et se replient en Italie ; par contre, Rome installe les Burgondes dans la partie ouest de l’Helvétie, pour sécuriser les routes menant à la botte et constituer un poste de défense avancé face aux invasions ; rapidement, les Burgondes s’intègrent aux Gallo-Romains, assimilent leur culture et adoptent le latin. A l’inverse, la partie nord du plateau est envahie par les Alamans, qui imposent leur langue et leurs coutumes. Au 8ème siècle, la situation achève de se décanter : l’ancienne Helvétie romaine comprend désormais deux grandes aires culturelles, séparées par la Sarine. L’actuelle frontière linguistique est en place ; elle ne bougera plus. Dès lors, la région lémanique et le sud du plateau suisse deviennent l’Helvétie romane, ce qualificatif désignant les territoires où se parle « le roman », cette langue commune, ancêtre du français, distincte du latin, qui restera la langue savante. Au fil du temps, l’expression de « pays romands » apparaît, suivie par celle de « Suisse romande » utilisée par l’historien vaudois Abraham Ruchat aux environs de 1720 déjà. Installés dans une géographie douce qui dessine un trapèze limité au nord par la Sarine, à l’est par les Alpes, à l’ouest par le Jura et au sud par le bassin Rodhano-lémanique, les Romands développent un sens de l’adaptation et un pragmatisme sereins,  bien à l’image de leurs paysages paisibles, auxquels ils sont fortement attachés. Simultanément, ils se montrent curieux et inventifs, bénéficiant depuis toujours de la circulation des idées et des voyageurs sur leurs territoires sillonnés par des routes qui relient le nord et le sud de l’Europe, l’est à l’ouest, depuis l’Antiquité. Ainsi, treize siècles avant l’ouverture du Gothard, en 47, le Grand Saint-Bernard est rendu carrossable par l’empereur Claude ; cet axe de première importance met en relation le Proche Orient, l’Italie, la Gaule et l’Angleterre. De même, à l’époque, la région fait office de trait d’union entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Article paru dans &laquo;&nbsp;Limes &#8211; Rivista italiana di geopolitica&nbsp;&raquo; en décembre 2011</em></p>
<p>La Suisse romande n’existe pas. Longtemps, certains observateurs se sont contentés de ce postulat définitif ; pour eux, sans bannière ni institutions politiques classiques, la Suisse romande restait une notion théorique, moins pertinente que les six cantons qui la forment. Or, même si elle n’a pas de parlement ni de gouvernement, cette région constitue un espace linguistique, culturel et social très ancien, qui ne cesse de se développer.</p>
<p>Au début du 5<sup>ème</sup> siècle, les troupes romaines renoncent à défendre la frontière du Rhin, quittent l’actuel plateau suisse et se replient en Italie ; par contre, Rome installe les Burgondes dans la partie ouest de l’Helvétie, pour sécuriser les routes menant à la botte et constituer un poste de défense avancé face aux invasions ; rapidement, les Burgondes s’intègrent aux Gallo-Romains, assimilent leur culture et adoptent le latin. A l’inverse, la partie nord du plateau est envahie par les Alamans, qui imposent leur langue et leurs coutumes. Au 8<sup>ème</sup> siècle, la situation achève de se décanter : l’ancienne Helvétie romaine comprend désormais deux grandes aires culturelles, séparées par la Sarine. L’actuelle frontière linguistique est en place ; elle ne bougera plus. Dès lors, la région lémanique et le sud du plateau suisse deviennent l’Helvétie romane, ce qualificatif désignant les territoires où se parle « le roman », cette langue commune, ancêtre du français, distincte du latin, qui restera la langue savante. Au fil du temps, l’expression de « pays romands » apparaît, suivie par celle de « Suisse romande » utilisée par l’historien vaudois Abraham Ruchat aux environs de 1720 déjà.</p>
<p>Installés dans une géographie douce qui dessine un trapèze limité au nord par la Sarine, à l’est par les Alpes, à l’ouest par le Jura et au sud par le bassin Rodhano-lémanique, les Romands développent un sens de l’adaptation et un pragmatisme sereins,  bien à l’image de leurs paysages paisibles, auxquels ils sont fortement attachés. Simultanément, ils se montrent curieux et inventifs, bénéficiant depuis toujours de la circulation des idées et des voyageurs sur leurs territoires sillonnés par des routes qui relient le nord et le sud de l’Europe, l’est à l’ouest, depuis l’Antiquité. Ainsi, treize siècles avant l’ouverture du Gothard, en 47, le Grand Saint-Bernard est rendu carrossable par l’empereur Claude ; cet axe de première importance met en relation le Proche Orient, l’Italie, la Gaule et l’Angleterre. De même, à l’époque, la région fait office de trait d’union entre les bassins rhodanien et rhénan ; trente petits kilomètres de route, entre Lausanne et Yverdon, connectent le lac Léman à celui de Neuchâtel et donc les réseaux fluviaux grâce auxquels s’opère l’essentiel du trafic commercial antique.</p>
<p>Terre abritée et clémente, mais aussi zone de passages, la Suisse romande doit être pensée comme une somme de paradoxes. Composée de Fribourg, Genève, Jura, Neuchâtel, Valais, Vaud, ainsi que d’un petit morceau du canton de Berne, territoires qui ont chacun leurs traditions et leurs intérêts, elle sait s’unir quand sa langue ou ses particularismes sont menacés. Dépendante de la majorité alémanique, elle parvient à défendre ses marges de manœuvre en contournant le pouvoir dominant sans le contrer ouvertement. Modelée par les cultures voisines, marquée par une forte immigration, elle maintient sans se troubler des constantes identitaires originales. Consciente de sa petitesse, elle trouve dans sa faible influence géopolitique une source de liberté.</p>
<p>Aujourd’hui, comprenant environ 1,75 millions d’habitants, soit environ un quart de la population suisse, l’espace francophone connaît une croissance économique et démographique supérieures à la moyenne du pays ; son PIB nominal de 132,6 milliards de francs devrait connaître en 2011 une croissance de 2,75 en termes réel, alors que celui de la Confédération n’augmentera que de 2% au maximum. D’autre part, ce dynamisme de la région s’accompagne d’une organisation interne toujours plus dense. La mobilité des habitants, le développement de grandes agglomérations, l’affaiblissement des particularismes locaux créent un espace de vie toujours plus homogène, qui efface les anciennes frontières. Conséquence logique, les cantons romands coopèrent toujours plus et resserrent les liens qui les unissent ; une multitude d’accords et d’associations, qui vont des transports à la culture, conforte le tissu régional. Sans surprise, ces phénomènes renforcent la confiance d’une région qui croit davantage en ses qualités qu’autrefois. Du coup, elle se perçoit moins en petit frère protégé par le grand frère alémanique, mais cherche au contraire à faire valoir son point de vue sur l’échiquier fédéral ; ainsi, les responsables romands, élus politiques ou décideurs administratifs, conduisent désormais souvent des opérations de lobbying concerté pour mieux défendre leurs intérêts communs face à Berne ou Zurich.</p>
<p>Cette volonté de s’affirmer complique encore la bonne vieille dialectique séculaire qui unit et sépare germanophones et francophones. On dit parfois que les Suisses s’entendent parce qu’ils ne se comprennent pas. Il est vrai que la connaissance réciproque des langues n’est de loin pas à la hauteur de l’image donnée à l’extérieur : nombre de Romands rechigne à parler l’allemand, tandis que de l’autre côté de la Sarine, les esprits s’enferment dans le dialecte où se tournent vers l’anglais. Mais surtout, la compréhension verbale n’est qu’un aspect de différences culturelles profondes, ancrées dans les siècles. Autrement dit, même quand ils utilisent les mêmes mots dans la même langue, Romands et Alémaniques n’expriment souvent pas la même pensée, sans même forcément en être conscients.</p>
<p>Dans trois domaines, les Romands ont d’autres perceptions que leurs compatriotes : la vision de l’Etat, l’exercice du pouvoir et le rapport aux étrangers. Héritiers d’une latinité que les Burgondes n’ont pas effacée, adossés à la France, patrie linguistique et source culturelle, les Romands ont une image de l’Etat plus positive que les Alémaniques ; dans leur espace mental, il représente une constante utile de l’histoire et une protection. De même, frottés aux principes républicains, éloignés de la tradition des Landesgemeinde, ils sont moins méfiants à l’égard de la démocratie représentative et moins enclins à idéaliser les votations populaires ; dans leur relation au pouvoir, le parlement, la justice, les institutions en général sont des références qu’ils contestent peu et sur lesquels ils tentent de s’appuyer. Enfin, les Romands se montrent plus ouverts dans leur rapport aux étrangers, moins inquiets face à l’extérieur ; en fait, loin d’être meilleurs que les autres Suisses, ils habitent depuis la nuit des temps dans une zone de passage et d’immigration, où se multiplient les influences et les arrivées ; par conséquent, nécessité fait loi : ils ont dû apprendre à intégrer d’autres cultures ; une fois encore, la conscience de leurs dépendances et une vieille habitude de composer avec le destin les ont incité à tirer avantage de ces métissages plutôt que de les rejeter.</p>
<p>Cette triple différence crée le Roestigraben. Il apparaît dans le résultat des votations quand le sujet soumis au peuple porte sur l’un des trois thèmes évoqués ; on voit alors la part francophone donner systématiquement des résultats plus favorables à l’ouverture ou à la défense des politiques institutionnelles. Certes, d’autres paramètres jouent un rôle important dans la structuration de l’opinion ; le clivage entre les villes et la campagne, le niveau de formation ou la situation économique du citoyen offrent des grilles de lectures pertinentes. Toutefois, le fossé culturel entre les deux côtés de la Sarine ne disparaît pas pour autant ; fruit du temps et de l’histoire, il perdure. En outre, ces différences de sensibilité ne se voient pas qu’au soir des votations ; imprégnant les mentalités, elles se lisent au quotidien dans l’ensemble des relations qui animent le ménage helvétique. En simplifiant fortement, on pourrait dire que les « welches », comme les appellent les Alémaniques, sont moins liés au passé mythique des Confédérés, plus européens et plus à gauche.</p>
<p>En réalité, le Roestigraben est une chance. Il représente moins un obstacle que la Confédération a su dépasser qu’une opportunité offertes par l’histoire et la géographie. Au sud des Alpes, la pensée italienne lèche les flancs du Gothard ; sur le plateau, la francophonie et les régions germanophones se rencontrent. Ces lignes de partage procurent à la Suisse l’avantage concurrentiel incroyable de pouvoir jouer avec plusieurs grammaires culturelles européennes. Dans cette optique, la Sarine n’est pas un trait menaçant qui divise un tissu commun, mais un fil d’argent qui coud habilement des pièces disparates.</p>
<p>Or, malheureusement, sous l’effet d’un nationalisme qui n’aime ni les différences, ni les questions, l’apport des deux cultures minoritaires est nié. Au lieu de se réjouir de pouvoir bénéficier de confrontations d’idées fécondes, la Suisse dépense une énergie considérable pour produire de l’uniformité. Concrètement, deux attitudes s’opposent. D’une part, l’hymne au miracle helvétique, exemple d’harmonie entre les cultures, domine les concepts et les discours ; et la coexistence pacifique entre Alémaniques, Romands, Tessinois et Romanches représente probablement la réussite la plus valorisée du pays. D’autre part, l’angoisse à l’idée d’un quelconque affrontement se manifeste sans relâche. La grande majorité des textes traitant du Röstigraben tentent d’établir qu’il n’existe pas, qu’il n’existe plus ou que, par chance, il s’apprête à disparaître. Par ailleurs, à chaque votation fédérale, quatre fois par an, les médias s’inquiètent : le pays va-t-il se diviser ? L’écart entre Romands et Alémaniques sera-t-il faible ou significatif ? Aura-t-il le bon goût de se situer à l’intérieur du même camp ? Parfois, il semble que l’homogénéité du scrutin prime sur son résultat. Ainsi, quand le Röstigraben s’est fait discret, les journalistes exultent : « la Suisse est unie, la Suisse est unanime » ; le soulagement s’entend dans toutes les voix du dimanche soir, fait la une du lendemain, remplit d’aise la classe politique. N’est-ce pas étonnant pour un ensemble officiellement si fier de sa diversité ?</p>
<p>Naturellement, l’escamotage du Röstigraben ne le supprime pas. Au contraire, il l’entretient, interdisant son traitement. En clair, il empêche de saisir les réalités historiques ; il prive les esprits d’un décodage utile des préjugés ; il fausse la nature des rapports existants ; il exclut tout usage fécond de divergences porteuses de sens. Dès lors, les vieux clichés remplacent une vraie dialectique. Du côté sud, les Romands seraient légers, insouciants, désordonnés, peu fiables, peu sérieux, sans profondeur, volontiers râleurs, souvent égoïstes, dépensiers, plus enclins à s’amuser qu’à travailler ; par contre, ils se feraient pardonner par une bonhomie sympathique et une sorte de créativité joyeuse. Du côté nord, les Alémaniques seraient durs, carrés, lents, rustiques, lourdauds, obstinés, ennuyeux, étroits d’idée, intolérants ; par contre, ils se montreraient pragmatiques, économes, responsables, sérieux, fiables, solides, compétents, ambitieux, travailleurs, aptes à gérer, décider, commander. Ces caricatures sont aussi fallacieuses que réductrices. Elles soulignent la distance entre une vraie confrontation culturelle et le « prêt à penser » qui compense son absence. Elles mettent en relation l’ignorance de l’autre et la méconnaissance de soi. Elles indiquent combien l’interrogation identitaire fait sens, non comme validation, mais, à l’inverse, comme dépassement des préjugés. Finalement, l’ancienne Conseillère fédérale Ruth Dreifuss a donné la définition exacte du regard qu’il convient de poser sur une réalité incontournable : « le Röstigraben me paraît en dernière analyse moins dangereux, pour la cohésion de ce pays, que l’emploi d’un parler caoutchouteux qui en estomperait systématiquement les contradictions, les antagonismes, voire tout simplement les différences. »</p>
<p>Le climat nationaliste, qui s’est fortement développé ces vingt dernières années sous l’impulsion du parti populiste UDC, pose un vrai dilemme à la Suisse romande. Sa nature d’espace culturel sans cadre institutionnel, son statut de petit carrefour dépendant de ses voisins l’ont toujours incitée à se faufiler, à contourner l’obstacle, à se faire oublier ou à revendiquer ses droits suivant les circonstances. Exagérant parfois sa petitesse, elle sait réclamer les protections fédéralistes du système suisse ; drapée dans sa culture, elle sait également se distancier de la tutelle alémanique quand ça l’arrange. Aujourd’hui toutefois, l’émergence d’une sorte de « suissitude monoculturelle » rend plus difficile cet opportunisme. Dynamique, bien portante, la Suisse romande a la capacité de mieux s’organiser par elle-même et de faire entendre sa différence. Le veut-elle ? S’affirmer davantage, c’est aussi s’exposer, prendre des risques, perdre cette nature insaisissable qui permet de tirer son épingle du jeu en transformant sa faiblesse sur l’échiquier politique en liberté sociétale.</p>
<p>Un jeu du même ordre s’établit entre la région et la France. La grande voisine irrigue la Suisse romande par sa littérature, ses médias, sa vie politique et culturelle au sens large du terme ; elle l’intègre dans une communauté linguistique qui la rend plus vaste ; elle fait rempart contre une pénétration de l’Allemand ou de l’Anglais. Par contre, elle ne lui accorde ni soutien économique, ni reconnaissance. Autrement dit, le minuscule marché culturel romand est aussi vivant que précaire. La survie des médias n’est pas garantie, ni celle des éditeurs. Si une pure logique de marchés s’appliquait, sans le soutien des pouvoirs publics, l’activité culturelle serait aussitôt en péril. Dans l’immédiat, une foule d’auteurs, des publications en tout genre et de très nombreux théâtres animent la région. En marge de la France, leur position les place dans une situation ambiguë. D’un côté, leurs travaux n’ont pas d’impact sur la scène parisienne ; de l’autre, leur relatif anonymat et leur absence de la course à la gloire les protège et les stimule. Le critique Jean Starobinski a donné une évaluation de cette situation qui a marqué les esprits ; pour lui, les auteurs romands sont installés dans « un décalage fécond ». L’écrivain et Professeur Daniel Maggetti explicite ce phénomène comme suit : « les auteurs romands sont dans une situation paradoxale : ils sont à la fois bien protégés – sans subvention et sans mesure culturelle de protection des minorités, l’édition romande cesserait aussitôt – et totalement frustrés, dans la mesure où ils restent de parfaits inconnus. » A nouveau, face à une marchandisation croissante de la vie intellectuelle et à l’émergence d’acteurs globaux, la Suisse romande va probablement devoir s’affirmer davantage pour exister ; la stratégie de l’invisibilité créatrice sur les flancs de la France pourrait ne pas être une réponse éternelle.</p>
<p>Au fond, la Suisse romande s’est toujours définie avec succès par une alternance entre intégration et opposition aux espaces voisins, suivant les thèmes et les circonstances. A l’est finit sa langue et commence sa vie fédérale ; à l’ouest s’ouvre sa patrie linguistique et s’achève son influence politique. Elle partage de nombreuses valeurs avec l’espace germanophone : pragmatisme, sérieux, sens de la mesure, goût du consensus, peur des conflits, recherche de la stabilité, souci de l’environnement ; d’autre part, plus de deux siècles de compagnonnage ont créé des habitudes et des repères communs ; la poste, les chemins de fer, le franc sont autant d’institutions qui rassemblent les cœurs et les esprits. Mais quand elle se voit écartée du pouvoir, elle se découvre des inclinations fortes pour la culture française et se détourne provisoirement de la scène fédérale. A l’inverse, quand elle se sent snobée par la France, elle se réjouit d’appartenir à un système politique diamétralement opposé à celui de l’hexagone et ne manque pas d’ironiser sur la « monarchie républicaine » et ses travers. Autrement dit, les Romands sont eux-mêmes, chaque fois qu’ils constatent qu’ils ne sont ni Alémaniques, ni Français. Cette identité à géométrie variable est à la fois le privilège et la rançon de son statut. Par conséquent, on ne naît pas Romand, on le devient. C’est l’expérience de la différence, la découverte que la langue française n’a pas d’impact à Berne ou Zurich, la compréhension que le dialogue interculturel relève plus du mythe que de la réalité qui font que le citoyen suisse francophone se construit peu à peu une conscience romande.</p>
<p>A l’intérieur de ce dispositif, Genève occupe une place un peu particulière. D’une part, elle se veut internationale, reliée directement au monde, dispensée des liens avec son environnement immédiat. Pourtant, si elle accueille de très nombreuses organisations internationales, cela ne signifie pas encore qu’elle s’inscrit dans le même esprit ; en tout cas, l’observation montre que les résidents venant du monde entier et les autochtones se côtoient sans obligatoirement se mêler. D’autre part, la sociologie de la région est en harmonisation croissante ; ce n’est donc pas seulement Genève mais l’ensemble du bassin lémanique qui sont urbains et cosmopolites. Enfin, sa vie quotidienne, son développement et son destin sont fortement liés aux espaces plus vastes. En réalité, Genève est souvent à la Suisse romande ce que cette dernière est à la Suisse : très active chaque fois qu’il s’agit de faire valoir ses intérêts, distante quand elle peut vaquer à ses occupations sans trop se préoccuper de ses voisins. Au final, le positionnement genevois est multiple, international, helvétique, romand. Mais c’est manifestement la dernière dimension qui tend à se développer depuis deux décennies. Les coopérations entre Vaud et Genève s’accélèrent ; on parle désormais de métropole lémanique ; les habitants vivent dans un espace commun en se souciant toujours moins des frontières administratives.</p>
<p>Quel que soit le système envisagé, les francophones sont divisés, du moins pour l’instant. Au plan du fédéralisme suisse, ils vivent dans six cantons, ainsi que dans la portion jurassienne de Berne. S’agissant du système de nomenclature des unités territoriales statistiques (NUTS) établi par Eurostat, qui découpe la Suisse en sept régions, ils occupent à la fois la Région lémanique (Vaud, Valais, Genève) et une partie de l’Espace Mittelland (Berne, Fribourg, Soleure, Neuchâtel, Jura). Pourtant, les liens forts et anciens qui les tiennent donnent une réelle cohérence à leur espace culture ; et cet espace construit aussi peu à peu son organisation et ses politiques. Mieux, l’absence de cadre institutionnel global renforce parfois le sentiment d’appartenance. Depuis toujours, au-delà des structures qui les abritent, les Romands habitent un destin commun.</p>
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		<title>Vers un nouveau Marignan?</title>
		<link>http://www.paradoxes.ch/2011/12/vers-un-nouveau-marignan/</link>
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		<pubDate>Tue, 13 Dec 2011 12:18:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fcherix</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Marignan, nous disent les historiens, marque la fin des aventures helvétiques sur la scène européenne, le repli sur des frontières qui ne varieront plus guère et le début d’une neutralité élevée peu à peu au rang de mythe fondateur. En tout cas, défaits, divisés, isolés, les Confédérés furent devant un choix existentiel. S’ils voulaient jouer un rôle politique sur leur continent, alors il leur incombait de préciser les statuts de leurs territoires, clarifier leurs alliances internes, définir des intérêts communs, construire une diplomatie qui dépasse l’ardeur au combat et le goût des rapines dans les vallées étrangères. S’ils acceptaient l’or que François 1er leur proposait pour acheter leurs fantassins et neutraliser son flanc est, alors ils perdaient toute capacité à définir leur destin sur l’échiquier européen. Signée en 1516, La « Paix perpétuelle de Fribourg » clôt les discussions sur une inféodation au roi. Les cantons reçoivent des rentes considérables et voient leurs droits sur certaines vallées tessinoises confirmés ; en retour, ils permettent à la France de recruter les mercenaires dont elle a besoin, promettent de la défendre et se placent sous sa protection. De facto, jusqu’à la Révolution, la Suisse sera un protectorat français.   Cinq siècles plus tard, la Suisse se trouve face à un dilemme du même ordre. Aujourd’hui, la question vient de l’Union européenne : qui voulez-vous être, demande-t-elle, un pays tiers comme le Japon ou un acteur de l’espace européen ? A vous de le dire, mais si vous souhaitez profiter du grand marché que nous avons créé, alors vous devez respecter ses règles, leurs interprétations et leurs évolutions, ajoute-t-elle. En fait, l’isolement à la japonaise n’existe pas : la Suisse est européenne ; elle ne peut s’arracher ni à sa géographie, ni à son tissu socio-économique ; et si elle rompait ses accords bilatéraux, d’autres mécanismes, plus précaires encore, tenteraient aussitôt de réparer le désastre. Dès lors, son problème n’est pas de se demander si elle doit entrer dans un dispositif dont elle fait partie, mais de savoir quel statut elle veut s’y donner. Si la Suisse entend défendre ses intérêts par la participation démocratique, alors elle n’a d’autre choix que de siéger à Bruxelles. Si elle choisit la sauvegarde provisoire de privilèges fiscaux ou financiers, alors elle peut se contenter d’un accord-cadre, qui ne lui ne donnera pas la co-décision, mais fera d’elle une sorte de protectorat de l’Union, copiant le droit européen, même si l’une ou l’autre clause lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">Marignan, nous disent les historiens, marque la fin des aventures helvétiques sur la scène européenne, le repli sur des frontières qui ne varieront plus guère et le début d’une neutralité élevée peu à peu au rang de mythe fondateur. En tout cas, défaits, divisés, isolés, les Confédérés furent devant un choix existentiel. S’ils voulaient jouer un rôle politique sur leur continent, alors il leur incombait de préciser les statuts de leurs territoires, clarifier leurs alliances internes, définir des intérêts communs, construire une diplomatie qui dépasse l’ardeur au combat et le goût des rapines dans les vallées étrangères. S’ils acceptaient l’or que François 1<sup>er</sup> leur proposait pour acheter leurs fantassins et neutraliser son flanc est, alors ils perdaient toute capacité à définir leur destin sur l’échiquier européen. Signée en 1516, La « Paix perpétuelle de Fribourg » clôt les discussions sur une inféodation au roi. Les cantons reçoivent des rentes considérables et voient leurs droits sur certaines vallées tessinoises confirmés ; en retour, ils permettent à la France de recruter les mercenaires dont elle a besoin, promettent de la défendre et se placent sous sa protection. De facto, jusqu’à la Révolution, la Suisse sera un protectorat français.</p>
<p align="left">  Cinq siècles plus tard, la Suisse se trouve face à un dilemme du même ordre. Aujourd’hui, la question vient de l’Union européenne : qui voulez-vous être, demande-t-elle, un pays tiers comme le Japon ou un acteur de l’espace européen ? A vous de le dire, mais si vous souhaitez profiter du grand marché que nous avons créé, alors vous devez respecter ses règles, leurs interprétations et leurs évolutions, ajoute-t-elle. En fait, l’isolement à la japonaise n’existe pas : la Suisse est européenne ; elle ne peut s’arracher ni à sa géographie, ni à son tissu socio-économique ; et si elle rompait ses accords bilatéraux, d’autres mécanismes, plus précaires encore, tenteraient aussitôt de réparer le désastre. Dès lors, son problème n’est pas de se demander si elle doit entrer dans un dispositif dont elle fait partie, mais de savoir quel statut elle veut s’y donner. Si la Suisse entend défendre ses intérêts par la participation démocratique, alors elle n’a d’autre choix que de siéger à Bruxelles. Si elle choisit la sauvegarde provisoire de privilèges fiscaux ou financiers, alors elle peut se contenter d’un accord-cadre, qui ne lui ne donnera pas la co-décision, mais fera d’elle une sorte de protectorat de l’Union, copiant le droit européen, même si l’une ou l’autre clause lui permet de sauver la face.</p>
<p align="left">  Se penser d’abord en Etat ou en somme d’intérêts économiques, telle est l’alternative rappelant celle d’après Marignan. On pourrait s’étonner qu’un pays s’érigeant en modèle démocratique n’ait pas encore opté pour le primat du politique ; ce serait oublier combien deux activités centrales ont modelé sa pensée : le mercenariat sous l’Ancien régime, puis la banque dans les Temps modernes. Ces deux fonctions, dont il n’est pas surprenant qu’elles se soient succédées, ont marqué la vie fédérale, produisant des effets similaires. Toutes deux ne sont pas immorales mais a-morales ; elles fournissent l’énergie militaire ou financière dont une cause a besoin, sans se prononcer sur sa finalité ni sur ses conséquences sociétales. Toutes deux appellent la neutralité du cadre qui les héberge ; un mercenaire déchiré entre les objectifs de son chef de guerre et ceux de sa patrie marche de travers ; un banquier obligé de se distancier sans cesse des passions de son gouvernement ne rassure pas. Toutes deux favorisent le conservatisme ; le courage des mercenaires, leur soif de vivre, tenait à la certitude de retrouver la patrie inchangée, fidèle à leur souvenir ;</p>
<p align="left">la force des banques suisses, leur crédit, doit beaucoup à la stabilité de la Confédération. Toutes deux détournent les forces vives de la politique ; usés, les mercenaires de retour sur le sol natal aspiraient sans doute davantage au repos qu’à la controverse ; riches, les banquiers exercent une profession plus attractive que le combat de politiciens obligés de se battre dans un système amateur. Au final, ces deux activités ont élevé le choix de l’ « inexistence stratégique » au rang de principe inaliénable.</p>
<p align="left">  Une telle approche du monde ne rend pas visionnaire. A la Renaissance, les Suisse n’avaient pas compris l’émergence progressive des nations et de leurs structures étatiques ; ils voyaient encore l’Europe comme une multitude de seigneuries ou de corporations, liées par des serments féodaux et agenouillées devant le Pape, seul fédérateur du continent. Aujourd’hui, ils ne voient pas que la Seconde guerre mondiale, la chute du Mur de Berlin, les défis environnementaux et la crise financière ont mit fin à la domination exclusive des Etats-nations ; ils ne sentent pas que le pouvoir se situe désormais dans les coopérations européennes, qui tentent d’apporter des réponses communes à des problèmes que même les grands pays ne peuvent plus résoudre seuls.</p>
<p align="left">  Dès lors, le risque est grand que la Suisse choisisse à nouveau l’inexistence. N’être ni décideur ni responsable de rien pour mieux se faufiler, ce pari tacticien séduira. Or il pourrait s’avérer perdant. Alors que l’effacement de la scène européenne a enrichi les montagnards, alors que la voie bilatérale a permis de compenser l’isolement, une absence prolongée de l’Union n’apportera pas les bénéfices escomptés ; pire, elle pourrait entraver la marche des affaires. Trois phénomènes expliquent ce changement.</p>
<p align="left">  Autrefois, les mercenaires suisses étaient utiles aux puissances européennes ; aujourd’hui, les banquiers compliquent leur action ; de même, qui a besoin d’un pays neutre sur une planète ouverte ? Deuxièmement, l’espace pour jouer seul diminue ; au plan politique, le maillage des interactions devient si serré que l’harmonisation des solutions tend à s’imposer mécaniquement ; au plan économique, les liens sont tels que même le franc dépend de l’euro. Troisièmement, l’attentisme devient périlleux ; l’accélération des décisions rend délicate une influence de l’extérieure et dangereuse l’absence des instances officielles ; la position de spectateur ne donne plus le loisir de manœuvrer, mais complique des adaptations devenues hasardeuses.</p>
<p align="left">  Certes, la Grande Bretagne semble vouloir laisser désormais les vingt-six s’organiser sans elle. Mais ce pari constitue précisément une inféodation aux intérêts de la City, qui n’est pas sans risque économique et politique même pour un Etat de sa taille. En outre, elle reste membre de l’Union et donc actrice de ses décisions. En clair, les turbulences européennes ne renforcent pas la position de la Suisse ; elles ne la dispensent pas de choisir : vingt ans après la votation EEE, la Confédération devra dire qui elle est. Cette exigence l’angoisse. Du coup, elle cultive le déni de réalité, s’accroche à des méthodes défuntes, tente de diluer le blocage institutionnel dans des marchandages accessoires, tout en espérant que son nouveau ministre des Affaires étrangères la sortira de cet ensablement. Etat ou satellite européen ? Le collège qui résultera du 14 décembre ne pourra plus cacher ce dilemme. Il se rapproche, inéluctable. Impossible de le maquiller. Aucun stratagème n’empêchera l’histoire de tendre à la Suisse le miroir dans lequel elle devra se découvrir. Avec fierté ?</p>
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		<title>La médiocrité de la culture politique suisse révèle celle de ses institutions</title>
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		<pubDate>Thu, 24 Nov 2011 16:24:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fcherix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[L'Hebdo]]></category>

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		<description><![CDATA[Evoquant la Suisse dans la dernière édition de L’Hebdo, Frank A. Meyer met en évidence son manque cruel de culture politique. A juste titre, il souligne la faiblesse des débats, la rareté des idées, l’incapacité de penser l’Etat. Simultanément, il qualifie le système suisse de chef d’œuvre, exemplaire et génial. Or ces deux affirmations forment un contresens magistral ! En effet, structures et vie politiques sont consubstantielles, comme le squelette et les muscles d&#8217;une personne. On ne peut pas les dissocier. Ainsi, la pauvreté du débat public est souvent la conséquence logique de mécanismes médiocres. Autrement dit, si la culture politique suisse est si faible, c’est notamment parce que les institutions suisses encouragent par nature l’éradication de la moindre pensée.   Morcellement des territoires, morcellement des enjeux en votations permanentes, morcellement de l’exécutif réduit à une addition de politiques contradictoires, parlement de milice, droit d’initiative favorisant le populisme jusqu’à l’absurde, ces déficits structurels produisent des effets majeurs sur les esprits. Dans un système basé sur la gestion sectorielle au coup par coup et au jour le jour, les connaissances historiques, la vision, le courage ne sont pas seulement pas inutiles, mais constituent une faute. A l’inverse, une prime est offerte aux tacticiens et aux comptables, férus de géométries aussi variables qu’éphémères.   Si Frank A Meyer vit des débats passionnants à Berlin, c’est aussi parce que les institutions allemandes, très habilement réformées après la guerre, offre un bon équilibre entre cohésion et décentralisation. Contrairement à la Suisse vitrifiée dans sa « Landesgemeinde nationale », ou à la France réduite à un affrontement binaire par l’élection présidentielle. Et si le cadre suisse était dynamique, sa culture le serait aussi. Par conséquent, aucun homme providentiel, aucun nouveau parti, aucune formule magique ne dispenseront la Confédération de repenser ses fonctionnements pour retrouver sa vitalité.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="left">Evoquant la Suisse dans la dernière édition de L’Hebdo, Frank A. Meyer met en évidence son manque cruel de culture politique. A juste titre, il souligne la faiblesse des débats, la rareté des idées, l’incapacité de penser l’Etat. Simultanément, il qualifie le système suisse de chef d’œuvre, exemplaire et génial. Or ces deux affirmations forment un contresens magistral ! En effet, structures et vie politiques sont consubstantielles, comme le squelette et les muscles d&#8217;une personne. On ne peut pas les dissocier. Ainsi, la pauvreté du débat public est souvent la conséquence logique de mécanismes médiocres. Autrement dit, si la culture politique suisse est si faible, c’est notamment parce que les institutions suisses encouragent par nature l’éradication de la moindre pensée.</p>
<p align="left">  Morcellement des territoires, morcellement des enjeux en votations permanentes, morcellement de l’exécutif réduit à une addition de politiques contradictoires, parlement de milice, droit d’initiative favorisant le populisme jusqu’à l’absurde, ces déficits structurels produisent des effets majeurs sur les esprits. Dans un système basé sur la gestion sectorielle au coup par coup et au jour le jour, les connaissances historiques, la vision, le courage ne sont pas seulement pas inutiles, mais constituent une faute. A l’inverse, une prime est offerte aux tacticiens et aux comptables, férus de géométries aussi variables qu’éphémères.</p>
<p align="left">  Si Frank A Meyer vit des débats passionnants à Berlin, c’est aussi parce que les institutions allemandes, très habilement réformées après la guerre, offre un bon équilibre entre cohésion et décentralisation. Contrairement à la Suisse vitrifiée dans sa « Landesgemeinde nationale », ou à la France réduite à un affrontement binaire par l’élection présidentielle. Et si le cadre suisse était dynamique, sa culture le serait aussi. Par conséquent, aucun homme providentiel, aucun nouveau parti, aucune formule magique ne dispenseront la Confédération de repenser ses fonctionnements pour retrouver sa vitalité.</p>
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		<title>La Suisse ou la Peur? Post-scriptum</title>
		<link>http://www.paradoxes.ch/2011/10/la-suisse-ou-la-peur-post-scriptum/</link>
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		<pubDate>Wed, 12 Oct 2011 12:19:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>fcherix</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Le Temps]]></category>

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		<description><![CDATA[Notre livre « La Suisse ou la Peur ? » suscite des réactions des deux côtés de la Sarine. Nous nous en réjouissons. Notre proposition d’élire une Assemblée constituante échauffe les conservateurs. Nous y étions préparés. Certains nous reprochent de ne pas avoir indiqué comment cette Constituante doit être mise sur pied. Or c’est à dessein que nous n’avons pas voulu fermer le débat par l’élaboration d’une feuille de route contraignante. Nous rappelons toutefois que les citoyens se prononceront bientôt sur l’initiative de l’UDC qui demande l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Cette « cantonalisation » de l’échelon fédéral déséquilibrerait fortement le système, sans permettre une approche globale des institutions. A l’inverse, une Assemblée constituante pourrait se saisir de la question du gouvernement, tout en repensant de manière cohérente l’ensemble des pouvoirs. Concrètement, l’opération se déroulerait en deux temps. Les Chambres proposeraient tout d’abord l’élection d’une Assemblée constituante comme contre-projet à l’initiative UDC. En cas d’acceptation par le peuple et les cantons, la Constituante serait élue selon des modalités qui pourraient reprendre celles du Conseil national. D’autres ont choisi de caricaturer des propos qui les dérangent, suggérant que nous n’avions jamais ouvert un livre d’histoire. Hélas pour eux, leur snobisme goguenard ne sert pas la Suisse. En effet, les dysfonctionnements qui légitiment notre démarche ne cessent de s’aggraver. Perte de l’intérêt général, xénophobie désinhibée, nationalisme exacerbé, mépris de l’Union européenne, ces faillites morales ravagent les esprits. Simultanément, une série de déficits structurels renforce ce climat délétère. Les lacunes d’une démocratie directe sans garde-fou, la faiblesse structurelle de l’exécutif, le statut d’amateur des Parlementaires, l’absence de règles sur le financement des partis, l’enlisement du fédéralisme dans les concordats et les conférences supra-cantonales, ces carences graves empêchent le pays de se tourner vers demain. Certes, rien n’empêche de laisser la Suisse aux bons soins des circonstances. Rien n’interdit d’avoir les profits de sa place financière comme seule préoccupation. Telle n’est pas notre vision du bien commun. Patriotes, nous croyons utile de conduire une réflexion prospective, dont nous savons qu’elle irrite ceux qui se complaisent dans l’immobilisme et la vénération des mythes. Pourtant, existe-t-il d’autre manière d’affronter librement l’avenir ? Comme le rappelait Pierre Veya en titre de son dernier éditorial : « aux peurs, préférons le mouvement et l’action ». François Cherix &#38; Roger Nordmann]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Notre livre « La Suisse ou la Peur ? » suscite des réactions des deux côtés de la Sarine. Nous nous en réjouissons. Notre proposition d’élire une Assemblée constituante échauffe les conservateurs. Nous y étions préparés.</p>
<p>Certains nous reprochent de ne pas avoir indiqué comment cette Constituante doit être mise sur pied. Or c’est à dessein que nous n’avons pas voulu fermer le débat par l’élaboration d’une feuille de route contraignante. Nous rappelons toutefois que les citoyens se prononceront bientôt sur l’initiative de l’UDC qui demande l’élection du Conseil fédéral par le peuple. Cette « cantonalisation » de l’échelon fédéral déséquilibrerait fortement le système, sans permettre une approche globale des institutions. A l’inverse, une Assemblée constituante pourrait se saisir de la question du gouvernement, tout en repensant de manière cohérente l’ensemble des pouvoirs. Concrètement, l’opération se déroulerait en deux temps. Les Chambres proposeraient tout d’abord l’élection d’une Assemblée constituante comme contre-projet à l’initiative UDC. En cas d’acceptation par le peuple et les cantons, la Constituante serait élue selon des modalités qui pourraient reprendre celles du Conseil national.</p>
<p><span id="more-351"></span></p>
<p>D’autres ont choisi de caricaturer des propos qui les dérangent, suggérant que nous n’avions jamais ouvert un livre d’histoire. Hélas pour eux, leur snobisme goguenard ne sert pas la Suisse. En effet, les dysfonctionnements qui légitiment notre démarche ne cessent de s’aggraver. Perte de l’intérêt général, xénophobie désinhibée, nationalisme exacerbé, mépris de l’Union européenne, ces faillites morales ravagent les esprits. Simultanément, une série de déficits structurels renforce ce climat délétère. Les lacunes d’une démocratie directe sans garde-fou, la faiblesse structurelle de l’exécutif, le statut d’amateur des Parlementaires, l’absence de règles sur le financement des partis, l’enlisement du fédéralisme dans les concordats et les conférences supra-cantonales, ces carences graves empêchent le pays de se tourner vers demain.</p>
<p>Certes, rien n’empêche de laisser la Suisse aux bons soins des circonstances. Rien n’interdit d’avoir les profits de sa place financière comme seule préoccupation. Telle n’est pas notre vision du bien commun. Patriotes, nous croyons utile de conduire une réflexion prospective, dont nous savons qu’elle irrite ceux qui se complaisent dans l’immobilisme et la vénération des mythes. Pourtant, existe-t-il d’autre manière d’affronter librement l’avenir ? Comme le rappelait Pierre Veya en titre de son dernier éditorial : « aux peurs, préférons le mouvement et l’action ».</p>
<p align="right">François Cherix &amp; Roger Nordmann</p>
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		<title>Un pari électoral radicalement faux</title>
		<link>http://www.paradoxes.ch/2011/09/un-pari-electoral-radicalement-faux/</link>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 23:01:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[24 Heures]]></category>
		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Aveuglement ou masochisme ? Au moment où la droite nationaliste s’essouffle, où le Parti radical suisse renonce enfin à un suivisme suicidaire, sa section vaudoise a décidé de s’allier bravement à l’UDC. En matière économique, ce choix surprend. Les Radicaux Vaudois, que l’on croyait proches des entreprises, s’allient avec ceux qui veulent tuer la libre circulation des personnes sans se soucier de l’emploi. Ils compliquent ainsi la tâche des patrons obligés de se battre contre des populistes qui n’ont aucune exigence de résultat, si ce n’est l’augmentation de leur pouvoir. Ont-ils l’intention d’expliquer aux citoyens qu’ils sont amis de l’UDC au vu de l’arithmétique électorale et adversaires s’agissant de la prospérité de la Suisse ? Au plan éthique, cette alliance consterne. Jamais, depuis des décennies, nos sociétés n’ont paru si fragiles, secouées par la crise financière, cisaillées par les nationalistes, atomisées par les égoïsmes, moquées par les cyniques. Dans cette tempête, le courage et la raison sont requis ; l’absolution des incendiaires n’est plus de mise. Or les Radicaux vaudois ne voient ni ne comprennent ces exigences. Ont-ils prévus de condamner prochainement les affiches de l’UDC, les dérives de ses leaders ou leurs amitiés avec les blocs identitaires européens ? Certes, ils croiront pouvoir se justifier en invoquant la modération de sa composante vaudoise ; mais elle n’exonère personne tant que la section cantonale ne s’oppose pas aux outrances de la direction centrale. Autrement dit, pour un élu de l’UDC, quelle que soit sa prudence, une question reste incontournable: comment être un homme honnête dans un mouvement qui ne l’est pas ? En réalité, la xénophobie bienveillante ou l’extrémisme raisonnable n’existent pas. Chacun le sait sans oser le dire, le succès de l’UDC ne tient pas à son souci du bien commun ni à la compétence de ses élus, mais à la violence répétée de ses attaques tous azimuts ; c’est son marketing de l’intolérance simpliste qui fait sa force. Le Parti radical vaudois manque une occasion unique. Dans une crise où l’analyse prime, alors que les Suisses attendent des solutions crédibles, au moment où les gesticulations nationalistes montrent leurs limites, sachant que l’UDC tourne le dos à l’économie, il était temps de rompre une entente contre nature. Ce contexte offrait au PLR une opportunité remarquable de se différencier des xénophobes et d’imprimer sa propre marque au débat. Etrangement, il a préféré cautionner ceux qui ont grandi à son détriment et souhaitent sa perte. S’est-il contenté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Aveuglement ou masochisme ? Au moment où la droite nationaliste s’essouffle, où le Parti radical suisse renonce enfin à un suivisme suicidaire, sa section vaudoise a décidé de s’allier bravement à l’UDC.</p>
<p>En matière économique, ce choix surprend. Les Radicaux Vaudois, que l’on croyait proches des entreprises, s’allient avec ceux qui veulent tuer la libre circulation des personnes sans se soucier de l’emploi. Ils compliquent ainsi la tâche des patrons obligés de se battre contre des populistes qui n’ont aucune exigence de résultat, si ce n’est l’augmentation de leur pouvoir. Ont-ils l’intention d’expliquer aux citoyens qu’ils sont amis de l’UDC au vu de l’arithmétique électorale et adversaires s’agissant de la prospérité de la Suisse ?</p>
<p><span id="more-341"></span>Au plan éthique, cette alliance consterne. Jamais, depuis des décennies, nos sociétés n’ont paru si fragiles, secouées par la crise financière, cisaillées par les nationalistes, atomisées par les égoïsmes, moquées par les cyniques. Dans cette tempête, le courage et la raison sont requis ; l’absolution des incendiaires n’est plus de mise.</p>
<p>Or les Radicaux vaudois ne voient ni ne comprennent ces exigences. Ont-ils prévus de condamner prochainement les affiches de l’UDC, les dérives de ses leaders ou leurs amitiés avec les blocs identitaires européens ? Certes, ils croiront pouvoir se justifier en invoquant la modération de sa composante vaudoise ; mais elle n’exonère personne tant que la section cantonale ne s’oppose pas aux outrances de la direction centrale. Autrement dit, pour un élu de l’UDC, quelle que soit sa prudence, une question reste incontournable: comment être un homme honnête dans un mouvement qui ne l’est pas ? En réalité, la xénophobie bienveillante ou l’extrémisme raisonnable n’existent pas. Chacun le sait sans oser le dire, le succès de l’UDC ne tient pas à son souci du bien commun ni à la compétence de ses élus, mais à la violence répétée de ses attaques tous azimuts ; c’est son marketing de l’intolérance simpliste qui fait sa force.</p>
<p>Le Parti radical vaudois manque une occasion unique. Dans une crise où l’analyse prime, alors que les Suisses attendent des solutions crédibles, au moment où les gesticulations nationalistes montrent leurs limites, sachant que l’UDC tourne le dos à l’économie, il était temps de rompre une entente contre nature. Ce contexte offrait au PLR une opportunité remarquable de se différencier des xénophobes et d’imprimer sa propre marque au débat. Etrangement, il a préféré cautionner ceux qui ont grandi à son détriment et souhaitent sa perte.</p>
<p>S’est-il contenté d’additionner des pourcentages ? Croit-il possible de se renier provisoirement pour mieux s’affirmer demain ? Un pari électoral a certainement prévalu sur l’élaboration d’une stratégie politique ambitieuse, structurée et durable. Tactique de perdant. L’histoire a montré que ce type de calcul s’avère toujours à terme radicalement faux.</p>
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		<title>La Suisse ou la peur</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Sep 2011 22:01:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles de blog]]></category>

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		<description><![CDATA[Ceci est l'extrait pour cet article. Lorem ipsum dolor sit amet, consectetur adipisicing elit, sed do eiusmod tempor incididunt ut labore et dolore magna aliqua.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3>Etrange démocratie. Une Conseillère fédérale s’en va. Aussitôt les calculs tacticiens se multiplient, tandis que les portraits des successeurs potentiels se succèdent. L’arithmétique fédérale et la psychologie des papables occupent le devant de la scène, alors que la question des choix politiques du gouvernement n’est pas posée.</h3>
<p>De même, la campagne électorale pour le renouvellement des Chambres bat son plein, sans que l’avenir de la Suisse soit interrogé. Les candidats sont-ils sur facebook, la communication des partis est-elle plaisante, voilà les considérations qui agitent les esprits. Le style du décor passionne, alors que le destin du pays est laissé aux bons soins des circonstances.</p>
<p>Or la Confédération traverse une crise morale et structurelle. D’un côté, angoissée par les changements qui l’entourent, elle produit une monoculture nationaliste qui rejette les apports extérieurs et nie sa propre diversité. De l’autre, handicapée par des institutions conçues pour le 19ème siècle, elle ne parvient plus à donner une direction ni un sens à sa vie politique. J’en suis convaincu, elle ne sortira pas de cette impasse sans de profondes réformes.</p>
<p>Dans ce but, il est temps d’élire une Assemblée constituante fédérale. C’est la proposition que Roger Nordmann et moi développons dans ce livre qui vient de sortir. Refusant de voir le populisme figer la société suisse, persuadés que la Confédération est perfectible, nous estimons qu’il faut offrir aux citoyens un grand débat sur le contrat qui les unit. Prolongeant notre appel, une contribution de l’historien Sergio Romano porte sur le destin de la Suisse un regard particulièrement pénétrant.</p>
<p><a href="http://www.umfrageonline.com/survey/survey.php?code=e1e83aa" target="_blank"><img class="alignnone size-full wp-image-185" title="La Suisse ou la Peur (double couv)" src="http://www.paradoxes.ch/wp-content/uploads/livre_suisse_peur_double.jpg" alt="La Suisse ou la Peur (double couv)" width="460" height="321" /></a></p>
<p><strong><a href="http://www.umfrageonline.com/survey/survey.php?code=e1e83aa" target="_blank">Commander le livre</a></strong></p>
<p>A vous lecteur d’entrer dans le débat ! Faut-il rejouer Morgarten ou élaborer une pensée et des outils pour demain ? Quelle que soit votre position, elle influencera une société bloquée au carrefour entre l’exploitation de la peur et la rénovation de la Suisse.</p>
<p>François Cherix</p>
<p>&nbsp;</p>
<h3><strong>VOTEZ LA LISTE DU PARTI SOCIALISTE AU CONSEIL NATIONAL, AINSI QUE GERALDINE SAVARY ET LUC RECORDON AU CONSEIL DES ETATS !</strong></h3>
]]></content:encoded>
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		<title>La Suisse ou la peur ? Die Angst-genossenschaft ?</title>
		<link>http://www.paradoxes.ch/2011/09/la-suisse-ou-la-peur-die-angstgenossenschaft/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 19:27:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Livre en une]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>

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		<description><![CDATA[avec Roger Nordmann et une contribution de Sergio Romano, tête-bêche français-allemand, Editions Favre, 2011]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La Suisse nage en pleine contradiction.</p>
<p>Riche, solide, expérimentée, elle a tous les atouts pour participer à l&#8217;organisation politique du monde. Or elle sʼenferme dans un nationalisme xénophobe sans issue. En fait, la Suisse traverse une crise morale et structurelle. Apeurée, elle rejette les apports extérieurs et nie sa propre diversité. Sclérosée, elle ne parvient plus à donner un sens à sa vie politique.</p>
<p>Convaincus que la Confédération est perfectible, François Cherix et Roger Nordmann proposent l&#8217;élection dʼune Assemblée constituante. Pour eux, il est temps d&#8217;offrir aux citoyens un grand débat sur le contrat qui les unit. A leur appel  s&#8217;ajoute une analyse de lʼhistorien Sergio Romano, qui porte un regard pénétrant sur le destin de la Suisse.</p>
<p><a href="http://www.umfrageonline.com/survey/survey.php?code=e1e83aa" target="_blank"><strong>Commander le livre</strong></a></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Après les néolibéraux, place aux néonihilistes !</title>
		<link>http://www.paradoxes.ch/2011/04/apres-les-neoliberaux-place-aux-neonihilistes%c2%a0/</link>
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		<pubDate>Sun, 17 Apr 2011 22:55:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Chroniques]]></category>
		<category><![CDATA[Le Temps]]></category>

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		<description><![CDATA[Gorgias, sophiste du 4ème siècle avant J-C, ne s’embarrassait pas de nuances ; pour ce père du nihilisme philosophique, rien n’existe ; et si par hasard quelque chose devait exister, il serait impossible de le saisir et davantage encore de le communiquer. Diverses variations s’inscriront dans ce sillage, notamment une composante morale qui niera l’existence de valeurs et de hiérarchies entre elles. Au plan politique, les nihilistes russes du 19ème siècle n’admettront aucune contrainte de la société sur les individus et pratiqueront le terrorisme pour supprimer plus rapidement les structures existantes. Sans concession, ces apologies du rien ont en commun une critique des systèmes qui vise leur destruction. Aujourd’hui, un nouveau nihilisme est en train d’émerger, à la fois moins radical et plus hypocrite. Sans croire que les systèmes en place sont totalement nuisibles, il part du principe que tous peuvent être réduits à rien par une provocation publique adéquate, qui procure au passage un gain de notoriété à son auteur. Pour opérer, le « néonihiliste » procède en deux phases. Dans un premier temps, il empoigne les analyses du réel communément admises, qui sont toujours complexes, nuancées, imparfaites, inachevées, souvent ardues, longues, ennuyeuses, et les fourre dans un grand sac, qu’il nomme avec dédain « le politiquement correct » ou « le langage des élites ». Après avoir disqualifié l’approche rationnelle du monde par ces deux étiquettes interchangeables, il peut, dans un deuxième temps, l’attaquer par des formules simplistes. Plus il tape sur le sac qu’il a lui-même cousu, plus il se pose en défenseur d’un peuple opprimé par des élites arrogantes et méprisé par une gauche bien-pensante. Rustique, l’offensive est pourtant redoutable. L’assaillant donne l’illusion d’une pensée novatrice alors qu’il se dispense de penser la complexité ; sa brutalité est prise pour du courage ; ses éclats ravissent certains médias ; ses adversaires sont réduits à néant, puisque le sérieux de leurs arguments prouve qu’ils appartiennent à l’establishment et snobent celui par qui la vérité, pure et dure, vient enfin d’éclater. Dès lors, occuper les plateaux de télévision en se plaignant de ne pas y être, agresser en se disant victime, prêter aux contradicteurs les propos qu’ils ne tiennent pas, ces escroqueries fonctionnent à merveille. Tout est permis à qui n’a aucune exigence de résultat sauf sa propre gloire. Réduire le monde à rien pour devenir quelqu’un offre un rendement maximum pour un effort minimum. En France, une cohorte de bateleurs fait grimper l’audimat, à la manière d’Eric Zemmour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Gorgias, sophiste du 4<sup>ème</sup> siècle avant J-C, ne s’embarrassait pas de nuances ; pour ce père du nihilisme philosophique, rien n’existe ; et si par hasard quelque chose devait exister, il serait impossible de le saisir et davantage encore de le communiquer. Diverses variations s’inscriront dans ce sillage, notamment une composante morale qui niera l’existence de valeurs et de hiérarchies entre elles. Au plan politique, les nihilistes russes du 19<sup>ème</sup> siècle n’admettront aucune contrainte de la société sur les individus et pratiqueront le terrorisme pour supprimer plus rapidement les structures existantes. Sans concession, ces apologies du rien ont en commun une critique des systèmes qui vise leur destruction.</p>
<p><span id="more-335"></span>Aujourd’hui, un nouveau nihilisme est en train d’émerger, à la fois moins radical et plus hypocrite. Sans croire que les systèmes en place sont totalement nuisibles, il part du principe que tous peuvent être réduits à rien par une provocation publique adéquate, qui procure au passage un gain de notoriété à son auteur.</p>
<p>Pour opérer, le « néonihiliste » procède en deux phases. Dans un premier temps, il empoigne les analyses du réel communément admises, qui sont toujours complexes, nuancées, imparfaites, inachevées, souvent ardues, longues, ennuyeuses, et les fourre dans un grand sac, qu’il nomme avec dédain « le politiquement correct » ou « le langage des élites ». Après avoir disqualifié l’approche rationnelle du monde par ces deux étiquettes interchangeables, il peut, dans un deuxième temps, l’attaquer par des formules simplistes. Plus il tape sur le sac qu’il a lui-même cousu, plus il se pose en défenseur d’un peuple opprimé par des élites arrogantes et méprisé par une gauche bien-pensante.</p>
<p>Rustique, l’offensive est pourtant redoutable. L’assaillant donne l’illusion d’une pensée novatrice alors qu’il se dispense de penser la complexité ; sa brutalité est prise pour du courage ; ses éclats ravissent certains médias ; ses adversaires sont réduits à néant, puisque le sérieux de leurs arguments prouve qu’ils appartiennent à l’establishment et snobent celui par qui la vérité, pure et dure, vient enfin d’éclater. Dès lors, occuper les plateaux de télévision en se plaignant de ne pas y être, agresser en se disant victime, prêter aux contradicteurs les propos qu’ils ne tiennent pas, ces escroqueries fonctionnent à merveille. Tout est permis à qui n’a aucune exigence de résultat sauf sa propre gloire. Réduire le monde à rien pour devenir quelqu’un offre un rendement maximum pour un effort minimum.</p>
<p>En France, une cohorte de bateleurs fait grimper l’audimat, à la manière d’Eric Zemmour ou de Robert Ménard. Au nom de la liberté d’expression, ils arborent volontiers une touche de racisme, comme une fleur à la boutonnière. Pour montrer leur côté peuple, ils flirtent avec les idées de Marine Le Pen, en semant leurs discours de mots crus. Opportunistes, ils instrumentalisent les colères et les peurs levées par les turbulences du monde et ses injustices.</p>
<p>En Suisse, une méfiance endémique à l’égard des idées offre un terreau fertile aux narcisses du rien fracassant. Qu’ils soient membres des droites dures ou leurs relais, qu’ils soient trash ou partisans d’un registre plus soft, ils se posent en résistants, alors qu’ils sont issus du camp majoritaire, et en justiciers, bien qu’ils ne s’intéressent guère aux problèmes sociaux. En réalité, d’Oscar Freysinger à Eric Stauffer, en passant par Yves Nidegger et autres Ueli Windisch, ils ont d’abord le souci d’eux-mêmes. Quelle serait la notoriété d’Oscar Freysinger ou d’Eric Stauffer sans leurs outrances ? Croient-ils aux formules qu’ils jettent aux médias ? Et ceux, toujours plus nombreux, qui valident les discriminations n’aiment-ils pas surtout les projecteurs ? Immanquablement, le camp des destructeurs va grandir, tant la mise au pilori de la complexité politique est aujourd’hui facile. Viser l’Europe notre meilleure ennemie, les immigrés foncièrement profiteurs, les musulmans toujours dangereux, les experts parasites arrogants, les journalistes tous gauchistes, la gauche par essence munichoise, ces tirs ne font même pas semblants de connaître leurs cibles. Peu importe le ridicule de certaines attaques, la méthode ne cherche pas à produire du sens, mais à ruiner celui que donnent aux démocraties leurs efforts pour s’organiser.</p>
<p>Cette attitude n’est pas nouvelle. Les néolibéraux l’ont utilisée. « La société n’existe pas. Il y a seulement des hommes, des femmes et des familles », affirmait Margaret Thatcher en 1987. Pendant vingt ans, le marché a représenté la solution aux problèmes de la condition humaine. Au diable, les lois, les régulations, l’idée de fraternité pour affronter le destin. Hélas, la crise financière a détruit ces certitudes. Les banques ont trébuché ; les marchés ont appelé au secours ; les Etats ont été contraints d’intervenir massivement et les élus ont dû recourir aux principes qu’ils avaient joyeusement balayés.</p>
<p>Désormais, qui oserait assimiler la prospérité à une simple compétition sans régulation ? Résultat, la célébration de l’enrichissement égoïste n’est plus à la mode ; il convient de fournir un autre emballage aux fausses libertés qui permettent de séduire l’opinion ; impossible de faire briller ors et paillettes aux yeux de ceux qui payeront la spéculation financière. C’est là qu’intervient le néonihilisme, produit dégradé du néolibéralisme. Simple, drôle, efficace, l’attaque du soi-disant politiquement correct permet en réalité d’évacuer la politique. Le luxe ostentatoire n’est plus tendance ? Place donc au vide retentissant. Le rien fait office de progrès ; le bruit passe pour du neuf. Après l’ère Bling-bling, voici venir celle du Cling-cling ! L’Occident, la nation, le peuple, le prolétariat, la misère, la chrétienté, Voltaire, tout est convoqué pêle-mêle, détourné, perverti, avec un seul message : être libre, c’est cogner.</p>
<p>Hypothèse contrariante, le Cling-cling risque de dépasser la promotion de quelques carrières et de mettre en danger le tissu social. Les provocations de salons débouchent parfois sur des mobilisations plus inquiétantes ; aux brandons médiatiques peut succéder l’incendie. Calculateurs, les néonihilistes espèrent sans doute que les foyers qu’ils allument ne s’étendront pas. Jouer aux boute feux, certes, puisque les bénéfices de l’opération sont si agréables, mais subir les inconvénients de sociétés dévastées, non. En fait, ils comptent sur ceux qui défendent la raison, l’équité, la tolérance, la solidarité, pour préserver les équilibres fragiles qui permettent de vivre ensemble et d’avancer cahin-caha. Autrement dit, les néonihilistes laissent à ceux qu’ils vilipendent le soin d’assurer leur confort. Alors que les peuples auraient tant besoin d’un peu de mesure et d’un brin de civilisation pour affronter des défis enchevêtrés, ils rient des approches empathiques et des analyses incertaines. Laisserons-nous les cyniques seuls en piste ? Les contredire est inutile : on ne peut que les démasquer. Mais la meilleure réponse consiste à se tourner vers les citoyens pour définir ensemble les projets servant l’intérêt général, tout en revendiquant sans crainte ni cautèle notre inaltérable attachement aux visions humanistes.</p>
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		<title>Non à la stigmatisation du Parlement</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Apr 2011 23:00:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chroniques]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans son éditorial du 8 avril, Mme Judith Mayencourt semble fascinée par Christoph Blocher. Elle voit dans sa candidature au Conseil des Etats un « retour en pleine lumière ». Ironie ou enthousiasme ? Peu importe, nul ne songe à dicter à la presse ses goûts et ses couleurs. Par contre, son propos inquiète quand il peint un leader de l’UDC « transparent et démocratique » qui donnerait « une belle leçon » aux « comploteurs de 2007 ». Même involontaire, cette stigmatisation des parlementaires exige un rappel des faits. Tout d’abord, M. Blocher n’avait pas été élu Chef de la Suisse à vie, mais Conseiller fédéral pour quatre ans, charge soumise à la loi. Durant son mandat, le magistrat a ruiné sa propre cause. Considérant que les règles qui s’appliquent aux autres ne le concernaient pas, il a appelé le peuple à voter contre le gouvernement dont il était membre, critiqué la justice qu’il devait protéger, outrepassé les compétences dévolues à sa fonction. Plus de trente fois, il a attaqué des principes aussi fondamentaux que la collégialité (article 177 de la Constitution) ou la séparation des pouvoirs (article 191 c de la Constitution). Documentées, ces violations des lois n’ont jamais été contestées ; au contraire, elles ont choqué les esprits parfois jusque dans les rangs UDC. Les parlementaires ne sont ni sourds, ni aveugles. Pendant quatre ans, ils ont observé certaines dérives et ils ont pris la décision de les stopper en toute connaissance de cause. Pour ce faire, ils ont réfléchi, discuté, négocié ; puis, le moment venu, ils se sont organisés pour obtenir une majorité. Où est le scandale ? Tous les Parlements du monde fonctionnent ainsi ! C’est même leur vocation que de convertir la diversité des courants en décision. Un vote est donc souvent le résultat d’une somme d’alliances et d’évaluations complexes. Bref, en 2007, les élus du peuple suisse n’ont fait que leur devoir ; et ceux qui ont pris leurs responsabilités peuvent le revendiquer la tête haute. En fait, la non réélection de M. Blocher a non seulement rassuré sur la capacité du système à se protéger de captations insidieuses du pouvoir, mais encore apaisé un pays inquiet de la transformation de l’exécutif en estrade populiste. Pour preuve, dix-sept mille personnes ont couru spontanément à Berne soutenir sous une pluie battante Mme Widmer-Schlumpf, élue au Conseil fédéral et violemment agressée par des blochériens incapables d’accepter le verdict des urnes. Par bonheur, la Suisse est encore un Etat de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans son éditorial du 8 avril, Mme Judith Mayencourt semble fascinée par Christoph Blocher. Elle voit dans sa candidature au Conseil des Etats un « retour en pleine lumière ». Ironie ou enthousiasme ? Peu importe, nul ne songe à dicter à la presse ses goûts et ses couleurs. Par contre, son propos inquiète quand il peint un leader de l’UDC « transparent et démocratique » qui donnerait « une belle leçon » aux « comploteurs de 2007 ». Même involontaire, cette stigmatisation des parlementaires exige un rappel des faits.</p>
<p><span id="more-339"></span>Tout d’abord, M. Blocher n’avait pas été élu Chef de la Suisse à vie, mais Conseiller fédéral pour quatre ans, charge soumise à la loi. Durant son mandat, le magistrat a ruiné sa propre cause. Considérant que les règles qui s’appliquent aux autres ne le concernaient pas, il a appelé le peuple à voter contre le gouvernement dont il était membre, critiqué la justice qu’il devait protéger, outrepassé les compétences dévolues à sa fonction. Plus de trente fois, il a attaqué des principes aussi fondamentaux que la collégialité (article 177 de la Constitution) ou la séparation des pouvoirs (article 191 c de la Constitution). Documentées, ces violations des lois n’ont jamais été contestées ; au contraire, elles ont choqué les esprits parfois jusque dans les rangs UDC.</p>
<p>Les parlementaires ne sont ni sourds, ni aveugles. Pendant quatre ans, ils ont observé certaines dérives et ils ont pris la décision de les stopper en toute connaissance de cause. Pour ce faire, ils ont réfléchi, discuté, négocié ; puis, le moment venu, ils se sont organisés pour obtenir une majorité. Où est le scandale ? Tous les Parlements du monde fonctionnent ainsi ! C’est même leur vocation que de convertir la diversité des courants en décision. Un vote est donc souvent le résultat d’une somme d’alliances et d’évaluations complexes. Bref, en 2007, les élus du peuple suisse n’ont fait que leur devoir ; et ceux qui ont pris leurs responsabilités peuvent le revendiquer la tête haute.</p>
<p>En fait, la non réélection de M. Blocher a non seulement rassuré sur la capacité du système à se protéger de captations insidieuses du pouvoir, mais encore apaisé un pays inquiet de la transformation de l’exécutif en estrade populiste. Pour preuve, dix-sept mille personnes ont couru spontanément à Berne soutenir sous une pluie battante Mme Widmer-Schlumpf, élue au Conseil fédéral et violemment agressée par des blochériens incapables d’accepter le verdict des urnes.</p>
<p>Par bonheur, la Suisse est encore un Etat de droit comprenant une Constitution, des lois et un Parlement bicaméral ; et si ses fonctionnements ne semblent plus adéquats, alors il convient de soumettre au peuple de nouvelles règles. Aujourd’hui, la non réélection de Christoph Blocher en 2007 et sa candidature zurichoise en 2011 sont la même manifestation sereine d’une démocratie transparente. Seules sont glauques les insinuations qui traitent nos parlementaires de comploteurs, dans un amalgame inacceptable et une volonté de nuire aux institutions qui rappellent de bien tristes souvenirs.</p>
<p>François Cherix</p>
<p>Député socialiste au Grand conseil vaudois</p>
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		<title>L’UDC à la pointe des « blocs identitaires » européens ?</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Jan 2011 22:59:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Le Temps]]></category>

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		<description><![CDATA[Surprise, au lendemain de la votation instaurant l’expulsion automatique des criminels étrangers, les compliments admiratifs et répétés de Marine le Pen n’ont nullement dérangé l’UDC. Au contraire, badinant sur les ondes de la Radio Suisse Romande avec la représentante du Front national, Oscar Freysinger a souligné les liens fraternels unissant « les partis identitaires » européens. Mieux, n’hésitant pas à prêcher hors de son fief, le Conseiller national s’est fait ovationner à Paris, en fustigeant « la religion du multiculturalisme » lors d’un meeting anti-islam. Manifestant un prosélytisme similaire et pour le moins désinhibé, une motion signée par vingt-huit membres de l’UDC, dont le président du parti, veut permettre aux régions limitrophes d’entrer dans la Confédération. Dans un même élan, les nationalistes suisses s’expriment hors de leur patrie, qu’ils rêvent au passage d’agrandir, et revendiquent désormais leur parenté avec les « blocs identitaires » étrangers. Changement de paradigme, ce dépassement du cadre helvétique mérite d’être interrogé. Jusqu’alors, Christoph Blocher et les siens s’étaient toujours gardé d’afficher leurs liens avec les extrêmes droites européennes. Certes, l’examen des programmes montrait combien les thèses de l’UDC, du FN français, ou encore du FPÖ autrichien, se ressemblent ; en outre, certains élus ne se privaient pas d’arpenter discrètement les congrès xénophobes du continent. Mais ces cousinages restaient invisibles et, à l’inverse, les contacts officiels avec des leaders sulfureux étaient soigneusement évités. D’une part, il s’agissait de ne pas brusquer trop ouvertement les restes du vieux parti agrarien, dont Christoph Blocher avait effectué la captation. D’autre part, la nature même de l’idéologie nationaliste imposait de construire un mouvement totalement suisse, protégé d’influences étrangères susceptibles d’altérer sa pureté. Enfin et surtout, le maintien de cloisons étanches avec les extrêmes droites voisines permettait de développer des propositions stigmatisantes, tout en se présentant comme un parti propre, refusant les dérives racistes. Ainsi, des milliers de citoyens ont suivi l’UDC, persuadés que la démarche de Christoph Blocher, citoyen respectable, n’avait rien de comparable avec celle d’un Jean-Marie Le Pen, tribun méprisable. Cette séquence paraît s’achever. Pour l’UDC, il n’est plus nécessaire de feindre. A l’intérieur, la mue est terminée ; le vieux parti agrarien a disparu au profit d’un mouvement conduit par un chef et focalisé sur les thèmes que l’on sait. A l’extérieur, mithridatisée, l’opinion ne s’émeut plus de ses affiches, ni de ses provocations ; simultanément, le style plus moderne et plus policé de Marine Le Pen contribue à la rendre fréquentable. En fait, un renversement des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Surprise, au lendemain de la votation instaurant l’expulsion automatique des criminels étrangers, les compliments admiratifs et répétés de Marine le Pen n’ont nullement dérangé l’UDC. Au contraire, badinant sur les ondes de la Radio Suisse Romande avec la représentante du Front national, Oscar Freysinger a souligné les liens fraternels unissant « les partis identitaires » européens. Mieux, n’hésitant pas à prêcher hors de son fief, le Conseiller national s’est fait ovationner à Paris, en fustigeant « la religion du multiculturalisme » lors d’un meeting anti-islam. Manifestant un prosélytisme similaire et pour le moins désinhibé, une motion signée par vingt-huit membres de l’UDC, dont le président du parti, veut permettre aux régions limitrophes d’entrer dans la Confédération. Dans un même élan, les nationalistes suisses s’expriment hors de leur patrie, qu’ils rêvent au passage d’agrandir, et revendiquent désormais leur parenté avec les « blocs identitaires » étrangers. Changement de paradigme, ce dépassement du cadre helvétique mérite d’être interrogé.</p>
<p><span id="more-337"></span>Jusqu’alors, Christoph Blocher et les siens s’étaient toujours gardé d’afficher leurs liens avec les extrêmes droites européennes. Certes, l’examen des programmes montrait combien les thèses de l’UDC, du FN français, ou encore du FPÖ autrichien, se ressemblent ; en outre, certains élus ne se privaient pas d’arpenter discrètement les congrès xénophobes du continent. Mais ces cousinages restaient invisibles et, à l’inverse, les contacts officiels avec des leaders sulfureux étaient soigneusement évités. D’une part, il s’agissait de ne pas brusquer trop ouvertement les restes du vieux parti agrarien, dont Christoph Blocher avait effectué la captation. D’autre part, la nature même de l’idéologie nationaliste imposait de construire un mouvement totalement suisse, protégé d’influences étrangères susceptibles d’altérer sa pureté. Enfin et surtout, le maintien de cloisons étanches avec les extrêmes droites voisines permettait de développer des propositions stigmatisantes, tout en se présentant comme un parti propre, refusant les dérives racistes. Ainsi, des milliers de citoyens ont suivi l’UDC, persuadés que la démarche de Christoph Blocher, citoyen respectable, n’avait rien de comparable avec celle d’un Jean-Marie Le Pen, tribun méprisable.</p>
<p>Cette séquence paraît s’achever. Pour l’UDC, il n’est plus nécessaire de feindre. A l’intérieur, la mue est terminée ; le vieux parti agrarien a disparu au profit d’un mouvement conduit par un chef et focalisé sur les thèmes que l’on sait. A l’extérieur, mithridatisée, l’opinion ne s’émeut plus de ses affiches, ni de ses provocations ; simultanément, le style plus moderne et plus policé de Marine Le Pen contribue à la rendre fréquentable. En fait, un renversement des légitimations du nationalisme suisse semble se dessiner : celle générée par son isolement perd de son utilité, alors que celle tirée d’une banalisation par l’étranger devient féconde. Autrement dit, à ceux qui ont osé voter UDC parce qu’elle se distinguait des extrêmes droites européennes pourraient succéder ceux qui la rejoignent puisque tant d’autres ailleurs saluent son action.</p>
<p>Confortant cette hypothèse, l’attitude du Front national organise un jeu semblable sur la scène française. En portant régulièrement aux nues le principe de l’initiative populaire, comme dans Le Temps du 7 janvier, Marine Le Pen tente de donner la caution du peuple suisse à ses idées. Premiers fruits de cette stratégie, nombre de commentaires sur les sites des médias hexagonaux notent qu’elle ne saurait être dangereuse, puisqu’elle se borne à préconiser ce que la Suisse, modèle de pondération démocratique, a déjà décidé. Nous sommes donc peut-être en train d’assister à un nouvel agglomérat de forces identitaires qui se copient et s’épaulent, espérant tirer leur respectabilité de leurs ressemblances. Certes, une ligue supranationale de nationalistes s’apparente à la création de « douaniers sans frontières » ; mais son non-sens ne la rend pas moins redoutable ; au contraire, les mouvements en question ont toujours progressé à l’abri de leurs contradictions. Ainsi, prétextant sauvegarder les valeurs européennes ou la dignité des peuples, ils travaillent chaque jour à briser les cultures, les lois et l’Union qui les incarnent. De même, pervertissant la notion d’identité, ils remplacent le « connais-toi toi-même » socratique, prémisse à l’acceptation d’autrui, par un « mentons-nous les uns aux autres », arsenal de stéréotypes réducteurs visant le rejet de la différence.</p>
<p>Pour les partis classiques et les gouvernements, ces alliances souples et décomplexées entre des droites dures relookées, mais toujours aussi xénophobes, posent des défis considérables. D’abord, ils doivent trouver des réponses efficaces à l’intérieur d’Etats dont les marges de manœuvre se sont rétrécies. De surcroît, ils sont tenus de dépasser les contextes locaux pour élaborer un discours et des projets communs à l’échelle du continent. Comme l’indique le philosophe Jürgen Habemas dans Le Monde du 3 janvier, « ce dont nous avons besoin en Europe, c’est d’une classe politique revitalisée, qui surmonte son propre défaitisme avec un peu plus de perspectives, de résolution et d’esprit de coopération ».</p>
<p>Pour la Suisse, l’activisme hors frontière de l’UDC et les louanges des populistes étrangers pose un problème spécifique. Depuis toujours, le succès de la Confédération doit beaucoup à sa discrétion, celle de ses banquiers, de sa diplomatie précautionneuse et d’une gouvernance à bas bruit. Pour qui souhaite bénéficier du grand marché européen sans prendre sa carte de membre, tout en préservant des particularismes lucratifs, mieux vaut se faufiler entre les règles sans trop se faire remarquer.</p>
<p>Or, en promenant à Paris une torche enflammée sur des nappes de misères, de frustrations ou de racismes larvés, un Oscar Freysinger complique ouvertement les équations déjà difficiles des démocraties voisines. Si cet esprit missionnaire se développe, la Suisse risque d’ajouter à son image d’égoïste silencieuse celle d’activiste nuisible. Pire, si les droits populaires deviennent la bannière de Marine Le Pen, ils perdront leurs vertus aux yeux du monde ; et, circonstance aggravante, le peuple entier sera touché par ce désamour, puisque c’est lui qui prend des décisions qui, faute de règles adéquates, peuvent blesser les droits fondamentaux. Pour la Suisse, il est donc temps de se demander à la pointe de quel combat elle entend se profiler. Celui des blocs identitaires ? Ou celui des Etats responsables ? Dans ce contexte, les piques récurrentes de Doris Leuthard contre l’UE, analysées dans Le Temps du 8 janvier, sont révélatrices du climat fédéral. Au lieu d’une réflexion sur les nationalismes qui cisaillent l’Europe, un opportunisme électoral se déploie, sourire aux lèvres, laissant la définition du rôle de la Suisse aux bons soins des circonstances.</p>
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