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En Suisse comme en Europe, nos différences sont fécondes

Le plaidoyer de Peter Köppel contre les chauvinismes régionaux, paru dans Le Temps du 30 mars, constitue un discours intéressant, mais dont l’intention est peu claire. D’une part, avec finesse, l’auteur développe une série de considérations pertinentes sur la nécessité d’un multiculturalisme détaché des stéréotypes et curieux de ses voisins. Naturellement, j’adhère totalement à des propos qui s’inscrivent dans la droite ligne de tous mes combats. En tant que Suisse de tendance grecque, je me réjouis qu’un alémanique fustige les caricatures. Mais par ailleurs, Roger Köppel croit utile de me mettre en cause pour étayer son propos. Du coup, il choisit de voir  dans mes travaux un appel au « patriotisme romand », notion qui me paraît stérile. En outre, bizarrement, il tente d’inscrire sa critique dans le sillage de ma dernière contribution au Temps, alors qu’elle traitait de la fin du secret bancaire et nullement des rapports entre Confédérés.

Certes, je fais partie de celles et ceux qui pensent que les Suisses francophones doivent défendre sans complexe leurs intérêts, leurs écrits, leurs médias, leur culture. N’est-ce pas légitime ? Les Romands ne sont-ils aimables que silencieux ? Personnellement, je les préfère agissant que gémissant. Est-ce du régionalisme ? En fait, mes lecteurs savent combien je crois à une Suisse riche de sa diversité et de ses controverses. Chers Alémaniques, j’aime vos différences parce qu’elles me rendent plus vastes, ai-je écrit en substance dans mon dernier livre. A mes yeux, nous ne devons pas escamoter nos divergences, mais les confronter pacifiquement dans une dialectique féconde. Enfin, Peter Köppel me connaît-il si mal qu’il puisse passer sous silence mon engagement européen et me cantonner dans les affaires romandes ? Si mon attachement à la Suisse francophone est profond – n’est-ce pas là qu’est ma vie ? – ma vraie patrie c’est l’Europe, cette symphonie des minorités que je souhaite harmonieuse et solidaire, mais aussi baroque, bouillonnante et ouverte au monde.