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La Suisse doit reprendre l’intégration européenne

Discours prononcé à l’Assemblée générale 2020 du Nouveau mouvement européen suisse (Nomes)

Le fait d’avoir un long parcours dans les mouvements européens donne au moins un avantage, celui de pouvoir examiner le chemin parcouru par la Suisse.
Lors de la création du Nomes, voilà plus de 20 ans, notre pays se trouvait au bord du chemin européen, en panne, isolé, démuni, traversé par de nombreuses inquiétudes, suite au refus de l’EEE en 1992.
Mais à la même époque, il semblait évident que la Suisse serait un jour membre de plein droit de l’Union. L’adhésion constituait l’objectif stratégique du Conseil fédéral. Des partis tels que le PDC ou le PLR l’avait inscrite dans leur programme. L’opinion la pensait probable à moyen terme.
20 ans plus tard, notamment grâce aux accords bilatéraux, la Suisse est profondément insérée dans le tissu européen. Par contre, l’adhésion semble s’être réfugiée sur un nuage bleu, que les derniers rêveurs du genre Nomes contemplent encore avec envie.
Paradoxe majeur, jamais la Suisse n’a été aussi proche du projet européen, et jamais elle n’a autant espéré pouvoir s’en distancier. Autrement dit, l’intégration matérielle a parfaitement fonctionné. Mais simultanément, son succès a favorisé  la désintégration de la conscience européenne. Au fond, le drame de la Suisse est qu’elle se croit à l’extérieur de l’Union, alors qu’elle dépend fortement de son destin. C’est le fameux statut de "membre passif" que le Nomes a régulièrement mis en évidence.
Aujourd’hui, cet écart considérable entre la réalité et l’illusion n’est plus tenable. L’usure de la voie bilatérale le fait exploser. La réalité dit que la relation entre la Suisse et l’Union doit être réinventée. L’illusion proclame que l’immobilisme est préférable. Ce champ de tensions explique pourquoi la Suisse a tant de difficulté à rebondir, même après une défaite cinglante des nationalistes.
Dans ces étranges équations bourrées de contradictions, le Nomes a tenu son cap et joué son rôle. Il a toujours rappelé que, pour une Suisse au cœur de l’Union, la meilleure manière de défendre ses intérêt était d’être présente dans les instances où se prennent les décisions, en tant que membre de plein droit. Cela reste parfaitement valable. Il a annoncé maintes fois qu’une relation limitée à un empilement d’accords sectoriels statiques trouverait un jour sa fin. Nous y sommes.
Aujourd'hui, il affirme que le statu quo serait synonyme de marginalisation et que, d’une manière ou d’une autre, après avoir plébiscité la libre circulation des personnes, la Suisse doit reprendre sans tarder le chemin de l’intégration.
Dans ce contexte qui voit les illusions helvétiques lézardées par les réalités, le Nomes a toute sa place. Il peut être la voix forte et claire qui rappelle les enjeux centraux et appelle au mouvement. Il doit aussi contribuer à mettre en évidence les projets d’une Europe, dont les Suisses persistent à nier les succès.
L’Union n’a pas explosé après la crise financière de 2008. Et l’euro n’a pas fait naufrage. L’Union ne s’est pas divisée après le Brexit. Elle s’est au contraire rassemblée. L’Union peut surmonter la terrible crise du coronavirus. Ne vient-elle pas d’oser cette révolution copernicienne consistant à engager une première mutualisation des dettes européennes ?
Certes, les défis pour nos démocraties européennes sont énormes. Les combats contre le populisme et les égoïsmes nationaux ne sont de loin pas terminés. Mais je sais que l’Union reste la seule solution crédible pour notre continent et je crois à sa réussite. De même, je suis persuadé que la Suisse finira à terme par accepter, pleinement et sans restriction, sa nature d’Etat et de société profondément européennes. Et je suis certain que le Nomes sera un acteur lucide, courageux, vivant, créatif, déterminé de cette inéluctable maturation.