24 Heures

AVS, le PLR dépasse-t-il l’UDC par la droite?

Depuis des années, le Parti libéral radical suisse s’inscrit toujours plus dans le sillage de l’UDC. Or, dans le cadre de sa campagne contre la réforme de l’AVS, il semble vouloir même la dépasser par la droite. D’une part, son vice-président, Philippe Nantermod, a fustigé la passivité des nationalistes, accusés de ne pas attaquer assez vivement le projet du Conseil fédéral. D’autre part, sa présidente, Petra Gössi n’a pas craint d’agiter des idées nauséeuses pour torpiller la réforme.
Sans vergogne, au début de l’été, Mme Gössi a déclaré que l’augmentation de 70 francs promise aux retraités ne devrait pas être versée à ceux qui vivent à l’étranger. De son point de vue, ces personnes ne génèrent aucune création de valeur en Suisse, où ils ne consomment rien et ne payent pas d’impôt. Incapable d’une réflexion sur le fond, le PLR a choisi de nager ainsi en pleine xénophobie. A l’évidence, cette proposition vise en priorité les étrangers qui choisissent de passer leurs vieux jours dans leur pays d’origine. Parce qu’ils ont été des travailleurs immigrés, le droit de jouir librement de leur retraite leur est contesté. Leur rente ne leur est acquise, qu’à condition qu’elle profite aussi à la Suisse.
L’injustice d’une telle mesure saute aux yeux, mais sa sottise mérite d’être soulignée. En effet, elle constitue un premier pas vers un régime liberticide. Dans la logique de Mme Gössi, l’Etat devrait peu à peu contrôler l’usage que les particuliers font des leurs rentes AVS. Pourquoi les retraités qui vivent en Suisse ne devraient-ils pas également soutenir l’économie nationale, en s’abstenant de consommer hors des frontières ? Adieu les grands voyages ou les petites escapades dans les régions voisines. Fini d’aller manger les filets de perche sur la rive française du Léman. Interdiction d’entrer dans un commerce à l’étranger, pour ne pas y dilapider l’argent octroyé par la Suisse et dont la valorisation ne saurait lui échapper.
Quel aveuglement a poussé le PLR dans une voie qui revient à bafouer les droits fondamentaux des individus ? Comment ce parti, qui se prétend libéral, a-t-il pu formuler une proposition aussi stupidement dirigiste ? Au delà de son absurdité, l’attitude du PLR durant la campagne AVS renseigne sur son évolution. A l’échelon suisse, il a perdu son âme, sa ligne et même sa colonne vertébrale. Il semble devenir une somme de lobbyistes décomplexés et d’idéologues néolibéraux, en compétition pour la liquidation du bien commun. Et si le nationalisme et la xénophobie s’ajoutent à cette déconstruction sociétale, il devient impossible de nommer une valeur distinguant le PLR de l’UDC. Serait-ce là le projet de sa direction : séduire l’opinion en flattant ses pulsions régressives, puis mourir doucement dans les bras des populistes suisses ?

Qui forme la conscience européenne des jeunes ?

Sans surprise, le dernier sondage de l’institut Gfs met en évidence une tendance déjà identifiée dans de précédentes études : les jeunes Suisses semblent moins europhiles qu’auparavant. Si l’interprétation des chiffres recueillis appelle la prudence, il est certain que les temps ont changé. A l’enthousiasme des jeunes de 1992 pour la construction européenne succède, aujourd’hui, l’indifférence, voire une approche très critique de la génération montante.
Certes, il serait tentant de ne voir dans cette méfiance que la conséquence passagère des difficultés que traverse l’Union. Toutefois, des phénomènes plus profonds sont à l’œuvre. Premièrement, les jeunes Suisses sont devenus Européens sans le savoir et sans que nul ne s’avise de le leur dire. Sans entrave, ils se meuvent dans les pays voisins pour leurs études, leurs projets, leurs loisirs. Pour eux, développer une activité dans un pays de l’Union ressemble à se lancer dans un canton voisin. Ils n’ont pas la mémoire des frontières disparues, ni la crainte qu’elles reviennent limiter leurs mouvements. Autrement dit, ils ne voient pas de relation directe entre l’UE, objet politique, et l’espace européen, vaste zone de libertés. De même, ils méconnaissent le lien existant entre les accords bilatéraux et leur propre accès à cet espace.
Deuxièmement, l’isolement politique de la Suisse leur a été souvent présenté comme la raison de son succès économique, alors que celui-ci résulte au contraire et en bonne partie des cent cinquante accords signés avec Bruxelles. Ainsi, l’intégration européenne leur apparaît comme une hypothèse peu attrayante, quand elle constitue déjà une réalité aux bénéfices occultés.
En fait, les jeunes Suisses sont victimes de la lâcheté de leurs aînés. Qui les informe sur les enjeux européens ? Qui leur présente l’histoire, le sens, les objectifs de l’Union ? Quels messages reçoivent-ils au quotidien mis à part les cris des nationalistes ? Par confort et par crainte des populistes, les dirigeants de la Suisse n’évoquent plus son destin sur son propre continent. Ni le Conseil fédéral, ni les exécutifs cantonaux, ni les administrations, ni les partis n’ont le moindre mot à dire aux jeunes pour former leur conscience européenne. La défense de l’intégration et de ses valeurs repose désormais sur une poignée de parlementaires fédéraux lucides, ainsi que sur les associations telles que le Nouveau mouvement européen suisse (Nomes).
Or, qu’il s’agisse de la mise en œuvre de l’article contre l’immigration, de son amendement, de son abrogation, d’un accord-cadre institutionnel ou d’une initiative isolationniste, un nouveau vote interrogera le peuple. Comment l’ancrage européen gagnera-t-il demain sans être défendu aujourd’hui ? Une société meurt quand elle cache son visage à ses enfants.

Un pari électoral radicalement faux

Aveuglement ou masochisme ? Au moment où la droite nationaliste s’essouffle, où le Parti radical suisse renonce enfin à un suivisme suicidaire, sa section vaudoise a décidé de s’allier bravement à l’UDC.

En matière économique, ce choix surprend. Les Radicaux Vaudois, que l’on croyait proches des entreprises, s’allient avec ceux qui veulent tuer la libre circulation des personnes sans se soucier de l’emploi. Ils compliquent ainsi la tâche des patrons obligés de se battre contre des populistes qui n’ont aucune exigence de résultat, si ce n’est l’augmentation de leur pouvoir. Ont-ils l’intention d’expliquer aux citoyens qu’ils sont amis de l’UDC au vu de l’arithmétique électorale et adversaires s’agissant de la prospérité de la Suisse ?

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Non à la stigmatisation du Parlement

Dans son éditorial du 8 avril, Mme Judith Mayencourt semble fascinée par Christoph Blocher. Elle voit dans sa candidature au Conseil des Etats un « retour en pleine lumière ». Ironie ou enthousiasme ? Peu importe, nul ne songe à dicter à la presse ses goûts et ses couleurs. Par contre, son propos inquiète quand il peint un leader de l’UDC « transparent et démocratique » qui donnerait « une belle leçon » aux « comploteurs de 2007 ». Même involontaire, cette stigmatisation des parlementaires exige un rappel des faits.

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Sept raisons de dire oui à Vaud-Genève pour marcher vers la Suisse des régions

Le 2 juin, nous voterons sur l’union des cantons de Vaud et de Genève. Certes, ce scrutin a une portée symbolique importante. Mais faut-il pour autant l’aborder de manière émotionnelle ? Face aux limites du fédéralisme actuel, n’est-il pas temps de passer aux analyses rationnelles ? Sur les diagnostics au moins tout le monde semble d’accord : Seuls, les cantons ne peuvent plus faire face à leurs tâches. Dans des domaines clés tels que formation, santé, sécurité, ils doivent se grouper pour répondre aux défis à venir. Dès lors, l’alternative est claire : Soit on maintient le statu quo avec le risque de voir les vingt-six cantons devenir de simples zones administratives coiffées par une multitude de concordats et de lois cadre fédérales. Soit on permet au fédéralisme de rester crédible et vivant, en créant quelques grandes régions par l’union progressive des cantons. L’union de Vaud et de Genève, c’est le premier pas vers un fédéralisme, un premier pas pour lequel il existe au moins sept bonnes raisons de dire oui.

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